Le Musée d’Art Moderne de Saint-Etienne présente une partie des sculptures monumentales de l’artiste anglais Tony Cragg. Il me semble important d’aborder de manière chronologique son travail car c’est souvent le processus, la manière de travailler qui fait évoluer son oeuvre.

L’objet
En 1980, l’utilisation de l’objet dans l’art est déjà bien éprouvée (Marcel Duchamp, Picasso…). Dans l’oeuvre de Tony Cragg, il s’agit d’un travail qui pourrait s’apparenter à l’archéologie : les fragments d’objets sont collectés, classés (couleur, matière…), assemblés…
Dans ses installations, les objets de petites tailles s’organisent pour créer une forme souvent figurative. Cet assemblage, ce jeu entre le plein et le vide, transforme les objets, ils deviennent matière, un élément de la figure.
La Lune Bleue présente un croissant de grand format composé d’objets usagés en plastique bleu. A droite de l’assemblage, comme un modèle, une toute petite lune est découpée dans un morceau de plastique. Elle peut être la composition vue de loin, la forme finale.

La Lune bleue – 1980 Installation murale – 260 x 96 cm

La sculpture
Comme les installations murales, la matière première est transformée : les objets en verres serrés les uns contre les autres construisent une sculpture opaque d’un vert très clair ; le jeu entre le plein et le vide est toujours présent et accentué par la transparence de la vaisselle.
Dans Clear Glass Stack, rien n’est fixé, c’est l’équilibre et le bon assemblage des objets transparents qui érigent cette sculpture de verre.
Il n’y a pas de sens d’orientation, on tourne autour pour percevoir la forme du bloc mais aussi pour découvrir en détail les objets qui la composent.
Imposante par sa taille, elle génère un sentiment de fragilité, ce petit verre à pieds posé sur un bord pourrait bien tomber et entraîner dans sa chute, la démolition de la structure, comme un château de cartes.
Les étagères en verre sur lesquelles se posent les différents objets créent des strates, élément important dans la suite du travail de Tony Cragg.

Clear Glass Stack – 1999 hauteur 2,40 m

Les strates
Dans les travaux récents de Tony Cragg, l’objet comme matière disparaît, ne laissant visibles que les strates. Il sculpte des plaques (de bois ou de polystyrène) qui sont ensuite empilées pour proposer une « vision unifié ».
Comme pour les compositions précédentes, nous effectuons un parcours giratoire autour de ces oeuvres monumentales. L’idée de mouvement est accentuée par les formes circulaires qui composent la sculpture.
Le vide entre les fragments nous donne à imaginer les formes qui se cachent à l’intérieur de l’oeuvre. L’opacité du matériau ne nous laisse voir que la couche extérieure de l’oeuvre.
Ces structures sont parfois rééditées dans des matières différentes : le marbre, le bronze… gommant ainsi le procédé de fabrication.

Que ce soient des objets, des couches de bois ou les formes d’un bloc de marbre, les sculptures de Tony Cragg proposent une forme nouvelle qui laisse découvrir peu à peu les éléments qui la composent et leur rapport les uns aux autres.

Musée d’Art Moderne de Saint-Etienne
Du 14 septembre 2013 au 5 janvier 2014