Only Lovers Left Alive
de Jim Jarmush

Deux vampires tentent de continuer à vivre, à s’aimer dans un monde en constante évolution.

Only Lovers Left Alive s’ouvre sur de magnifiques mouvements de caméra giratoires. Un ciel étoilé puis, vue de dessus, un vinyle qui tourne sur sa platine, Eve (ô combien vampiresque Tilda Swinton) étendue au pied de son lit, Adam (Tom Hiddleston) avachi sur son divan, endormi.
Tout le film est là, la nuit, les deux personnages, le ralenti.

Plus tard, on retrouve des plans avec une vue de dessus lorsque Adam et Eve dansent langoureusement dans leur salon ou lorsqu’ils sont allongés dans leur lit. La caméra reste alors fixe, ce sont les personnages qui tournent ou encore leurs corps entrelacés qui figurent le cercle.
Ces plans circulaires donnent aux images une notion d’infini accentuée par la musique lancinante.

La musique tient un rôle important au sein du film de Jim Jarmush.

Dans sa maison délabrée, Adam compose, interprète à l’aide de multiples instruments (une vraie collection d’antiquités) des airs envoutants, des rythmes planants qui créent la tonalité du film, guident les pas de Eve dans les rues de Tanger, subliment les moments d’extase des vampires quand ils prennent leur dose de « O négatif ».

Si de grands classiques accompagnent les vampires dans leur représentation (soif de sang, teint cadavérique, vie exclusivement nocturne…), Adam et Eve sont avant tout deux amoureux érudits qui ont mis à profit leur longue existence pour se constituer une culture littéraire et musicale de pointe, côtoyer les grands génies des siècles passés. Ils ont tout vu, tout lu, tout retenu.

Ce grand savoir semblent les isoler, ils vivent cachés et assistent impuissants à l’effondrement du monde dans lequel ils cohabitent.
Détroit, avec ses maisons vides, ses monuments ou usines abandonnés est la ville idéale pour illustrer cette solitude, cette fin du monde.