Situé en Pologne dans les années 60, le dernier film de Pawel Pawlikowski, Ida est éblouissant.

Dès la première image, l’exigence esthétique saisi le spectateur : la composition des plans et le noir et blanc apportent une sobriété dans laquelle chaque détail du décor s’implante avec force.

Les plans fixes sont sublimes, le cadrage minutieux, perfectionniste offre des paysages silencieux, dépouillés. Souvent, les personnages sont décadrés, en plans serrés, ils sortent du cadre, comme s’ils n’arrivaient pas à se fixer, à trouver leur place.

Parmi la multitude de gris, quelques éléments blancs s’imposent, la neige, les draps qui sèchent au vent, la voiture cabossée de Wanda, son collier de perles, la broderie d’un oreiller au petit matin.

« Tu dois être rousse »
Alors que le spectateur est immergé dans un univers noir et blanc, une couleur surgit lorsque Wanda évoque les cheveux d’Ida cachés sous sa coiffe de nonne. Plus tard, lorsque celle-ci apparait tête nue, malgré le choix chromatique du réalisateur, on devine la chevelure colorée, cette touche éclatante au milieu d’une Pologne grisâtre.

« Vous formez un drôle de couple »
Avant de prononcer ses voeux, Ida, une jeune nonne catholique rencontre sa tante Wanda, son unique parente encore en vie.
Tout semble opposer ces deux héroïnes ; Ida est discrète, silencieuse, elle s’apprête à une vie recluse, son visage n’est pas vraiment expressif, ses yeux grands ouverts ne cillent presque jamais. Wanda parle fort, elle fume, boit avec excès, tambourine aux portes, menace, bouscule ceux qui lui barrent la route.

Lorsque Wanda part, Ida semble prendre son rôle. Dans l’appartement de sa tante, elle la remplace, chausse ses escarpins, imite ses gestes, teste ses excès. Est-ce pour lui rendre hommage ? Pour s’essayer à un nouveau mode de vie ou pour revendiquer un héritage ?
Une rencontre réussie entre deux héroïnes si dissemblables.

79 minutes de pure beauté.

Ida
de Pawel Pawlikowski
Avec Agatha Kulesza, Agata Trzebuchowska, Joanna Kulig…
Sortie février 2014